Élections européennes, vous en avez entendu parler ?
La lecture des résultats des dernières élections européennes m’inspire des réflexions très contradictoires : une profonde déception due à la participation catastrophique, au comportement des partis politiques ; une espérance renouvelée dans l’avenir de l’Europe
La participation :
En trente ans, l’abstention a augmenté de 50% ! Depuis les premières élections du Parlement européen, le taux de participation, n’a cessé de se dégrader : de 63% en 1979, il passe en dessous de 50% en 1999 pour atteindre 40.63% (-2,13 points par rapport au déjà très mauvais score de 2004).
Cette évolution n’épargne presque aucun pays (70% des États concernés), que l’on prenne les pays pionniers de l’Europe, les nouveaux États membres, les grands ou les petits pays, c’est le même constat.
Pourquoi une telle désaffection ? L’attachement à la démocratie est pourtant réel et la campagne des élections européennes n’est pas passée inaperçue, puisque 67% des électeurs se la rappellent (Étude postélectorale EB71.3 du PE). Dans les élections nationales où les enjeux sont mieux perçus, la participation devient plus acceptable. Toujours dans cette enquête 6 % des votants sont venus parce que « L’Union européenne joue un rôle important dans la vie de tous les jours ».
L’Europe est confrontée à des défis majeurs qui sont connus des électeurs : la crise ou les crises économiques et financières, la mondialisation avec l’émergence des BRICs, les négociations commerciales de Doha, les enjeux énergétiques, le développement durable, l’écologie, le climat, la montée de nouvelles formes d’insécurité (terrorisme, violences urbaines des banlieues, la montée du communautarisme), la démographie (baisse de la natalité, vieillissement de la population, émigration incontrôlée)….la liste n’et pas exhaustive.
Face aux grands défis du siècle, les européens sont conscients qu’une réponse nationale est insuffisante et que seule l’Europe peut les relever.
Néanmoins, ils ne vont pas voter ! pourquoi, pourquoi ? Il ne peut y avoir une réponse simple à cette question mais un réseau complexe de raisons enchevêtrées, dépendantes les unes des autres qui mériterait une analyse plus profonde. Pour simplifier, j’identifie des facteurs de comportement, des facteurs liés au système électoral et des facteurs institutionnels.
On ne peut trouver de solution aux problèmes de société que nous avons évoqués sans remettre en cause les habitudes et les comportements. La maintenance à l’identique d’une société ne peut avoir qu’une seule issue : sa disparition. Le maintien des avantages acquis, la conquête de nouveaux standards sont profondément ancrés dans notre subconscient car ils ont caractérisé les 60 dernières années et sont encouragés par des promesses électorales démagogiques des leaders politiques nationaux.
Le système électoral ne facilite pas la lisibilité des enjeux. Le découpage français en grandes circonscriptions déconnectées des grandes régions historiques connues est un non sens La compétence européenne des candidats devrait être le premier critère à prendre en compte pour déterminer une liste des candidatures d’un parti, hélas il n’en est rien. Dans son laborieux et discret processus de décision, le parti doit respecter des règle de parité (homme/femme), respecter des contraintes politiques internes (personnalités à placer, représentation de tendance). Le résultat est scandaleusement visible avec des parachutages, des cumuls de mandats, des démissions le lendemain d’élections…
Le scrutin proportionnel favorise l’émergence d’une multitude de petites listes non représentatives, dont l’existence est contestable soit par le coté folklorique de leurs revendications, soit par l’ambition affichée de promouvoir des comportements discutables (consommation de cannabis et drogues douces !). De trop nombreuses listes, par exemple 27 pour certaines euro-circonscriptions, brouille dans l’esprit de nos concitoyens le caractère solennel que devrait revêtir toute élection.
Le démarrage très tardif de la campagne ne permet pas de connaître ni d’approfondir les programmes des candidats. Le plus souvent ces programmes sont superficiels, présentent des promesses électorales très générales qui n’engagent que ceux qui les écoutent !
Même si le cumul de mandats de parlementaire national et de député européen, n’est pas possible, le cumul avec un autre mandat électif est une habitude française détestable. Nul ne peut croire qu’il est possible de partager efficacement son temps entre plusieurs activités exigeantes. Par contre le cumul des avantages matériels associés est parfaitement perçu, et suscite une image dégradée du métier de parlementaire européen.
Pour bon nombre de concitoyens les institutions européennes sont très mal connues en raison de leur complexité. Le Conseil de l’Europe, le Conseil européen, le Conseil de l’union, la Commission européenne, le Parlement européen, la Cour de justice des communautés sont des institutions lointaines dont le rôle est imprécis, le mode de fonctionnement totalement opaque. Ne leur parviennent que des messages tronqués, manipulés, vidés de leur sens. Combien de fois entendons-nous, nos hommes politiques de retour de Bruxelles, mettre en avant leur capacité de conviction pour la victoire qu’ils ont obtenue ou dénoncer avec véhémence la décision bruxelloise qu’ils ont parfois discrètement encouragée. Même si cela n’est pas un mal uniquement français, cela entretient la confusion.
Les résultats :
La comparaison dans le temps du résultat des élections est toujours délicate. Néanmoins on peut noter un glissement vers la droite du Parlement européen qui représente 47,7 % des sièges en 2009 contre 45.1% en 2004. De son coté la gauche recule globalement de 32.9% à 29.8%.
Pour les deux autres grandes familles politiques du Parlement européen on peut noter que les centristes de l’ALDE avec 11,4 % perdent 0.7 point, alors que les verts /ALE avec 7,5 % font une percée avec un gain de 2 points.
Au sein de la droite, le PPE conserve son rôle de leader avec 265 sièges (36 % des sièges) malgré le départ des conservateurs britanniques (25 sièges) qui vont rejoindre le groupe des réformateurs à tendance eurosceptique (54 sièges répartis principalement entre les britanniques (25), les polonais (15), les Tchèques (9)).
Au sein de la Gauche, les deux composantes reculent : les socialistes avec 184 sièges qui perdent 34 députés (- 15,7 %), le GUE (autres partis de gauche) avec 35 sièges en perd 6.
En France, les 72 sièges des élections 2009 (contre 78 en 2004) sont répartis de la façon suivante :
|
|
2009 |
2004 |
var |
|
PPE (UMP-NC) |
29 |
18 |
+11 |
|
P&S (PS) |
14 |
31 |
-17 |
|
Vert (Europe-Ecologie) |
14 |
6 |
+8 |
|
ALDE (Modem) |
6 |
10 |
-4 |
|
GUE/NGL |
5 |
3 |
+2 |
|
Autre |
4 |
10 |
-6 |
|
total |
72 |
78 |
-6 |
Commentaires de campagne :
Quatre mois après les élections, je ne peux m’empêcher d’éprouver une très grande insatisfaction, voire de la colère à l’égard des grands partis politiques qui n’ont tiré aucun enseignement de ce scrutin.
Tout d’abord, les grands perdants de ces élections que sont le Parti Socialiste et le Modem, semblent avoir totalement oublié qu’ils ont été battus pour avoir fait une mauvaise campagne.
L’histoire du Parti Socialiste est une illustration des convictions européennes d’une majorité de ses militants. Or pendant la campagne, je n’ai pas entendu de façon audible un plaidoyer pour la cause européenne. L’Europe est devenue un sujet de discorde entre les éléphants, donc on n’en parle plus. Il est plus facile de s’entendre sur un anti-sarkosysme primaire que d’organiser un débat sur l’Europe. Et puis quand on n’a plus de projet, plus d’idée, rien ne vaut une bonne querelle entre amis qui se détestent depuis toujours. On fait semblant de se réconcilier à La Rochelle, pour mieux se déchirer dès le lendemain. C’est insupportable!
Les centristes ont toujours été de fervents partisans européens, du moins jusqu’à l’arrivée de François Bayrou. Pour satisfaire une ambition personnelle, il a ainsi commencé par casser en deux son parti : d’un coté ses partisans pas très nombreux dans les rangs des élus, de l’autre, les parias, les ennemis internes qui ne croyaient pas au destin présidentiel du chef. Là encore pendant la campagne, il y avait matière à développer une alternative européenne à la conception élyséenne de l’Europe. J’ai le sentiment de n’avoir entendu qu’un assourdissant message anti-sarkosyste. Pour clôturer une campagne médiocre, dans un débat télévisé, François Bayrou a montré sa fragilité nerveuse face à Daniel Cohn-Bendit. Quatre mois après une nouvelle défaite, a-t-il démissionné ? Non car il a déjà oublié qu’il y avait eu une élection.
Dans le clan des deux partis qui ont gagné des sièges, il convient de noter que l’un et l’autre ont au moins parlé d’Europe.
La campagne électorale de l’UMP-NC a commencé bien tardivement et n’a été intensive que la dernière semaine. Elle s’est beaucoup appuyée sur la Présidence Française pour défendre une conception de l’Europe des états.
La campagne d’Europe-Ecologie a été exemplaire, par la date de démarrage (décembre), la présence sur le terrain (les marchés), un projet européen cohérent centré sur l’énergie, le climat, le développement durable. Daniel Cohn-Bendit en s’appuyant sur des personnalités de la société civile (Eva Joly), et en contrôlant habilement le discours des ayatollahs de l’écologie pure et dure. Je salue la performance tout en demeurant convaincu que le thème du développement durable ne peut être monopolisé par un parti. C’est un sujet majeur de société complètement transversal qui appartient à tous et doit être discuté par tous.
Les perspectives de la législature.
La page des élections est tournée, nous avons un nouveau parlement dont les groupes sont plus homogènes. Dans la précédente législature, le groupe PPE a souvent été perturbé par les voix des eurosceptiques britanniques ou tchèques.
Si le référendum irlandais du 2 octobre est favorable et si les 2 derniers pays finalisent la procédure de ratification du traité de Lisbonne, le Parlement sera doté de nouveaux pouvoirs (égalité de droit entre le Conseil des ministres et le PE en matière de budget), les relations entre les parlements nationaux et le Parlement européen seront renforcées.
L’Union Européenne est aujourd’hui la première économie du monde, elle peut et doit faire entendre sa voix et défendre ses intérêts en s’appuyant sur une monnaie forte, sur son modèle original d’organisation démocratique.
Confrontée à un environnement instable (économie, écologie, sécurité), l’Europe a ses faiblesses (non maîtrise des déficits budgétaires, démographie déclinante, processus d’intégration inachevé..), mais elle a aussi des atouts qui reposent sur des valeurs fortes et partagées, une population bien formée, une bonne maîtrise des technologies une expérience démocratique unique, d’où mon espoir européen.
Par J.C. Houdoin, Conseiller d’Eusaf Chargé des Relations extérieures

Le programme de la Journée de l’Europe a été, comme toujours, l’un de nos objectifs majeurs de nos
activités pour l’année 2008. Cette année, étant