Mercredi 15 février 2012
Au Foyer international d’accueil à Paris FIAP Jean-Monnet
30, rue Cabanis Paris 14e
Conférence-débat sur le thème :
L’Europe sociale : sortir de la crise par le haut
Avec Bruno Palier, chercheur au CNRS et au CEVIPOP, spécialiste des questions sociales et des retraites
A l’origine, en 1957, les six pays qui constituent la CEE sont relativement proches économiquement et partagent un modèle social fondé sur des assurances sociales financées par employés et employeurs. Malgré cette proximité, les différences sociales entre pays membres alimentent les craintes d’une concurrence déloyale.
Les élargissements successifs vont remettre en cause cette dynamique sociale. L’arrivée du Danemark, de l’Irlande et de la GB dont la protection sociale des citoyens (et non des travailleurs) est financée par l’impôt (et non par des cotisations) va créer une incompatibilité d’harmonisation. L’élargissement vers les pays du sud (Grèce, Espagne, Portugal) puis vers le nord (Suède, Finlande) dont les niveaux de prestations sont très différents et les systèmes sociaux hétérogènes, va accélérer la confusion. Les premières difficultés économiques, les déficits sociaux et le poids pris par les libéraux au sein de l’Union vont geler les avancées sociales européennes et reconnaître aux États la gestion du social sur leur territoire.
Les critères d’adhésion définis par l’Europe pour son élargissement vers l’Est traitent de démocratie et économie de marché mais négligent les aspects sociaux.
Au début des années 2000, pour faire face à la grogne contre l’Europe, l’Union propose de moderniser les systèmes sociaux et fixe pour 2010 les objectifs ambitieux de la stratégie de Lisbonne (obtenir une croissance de 3 %, faire de l’UE « l’économie la plus compétitive au monde », parvenir au plein emploi (70 %) en 2010). Non contraignante, et avec des moyens insuffisants, il est clair dès 2005, 3 ans avant la crise, que ces objectifs ne seraient pas atteints.
Comment « en sortir par le haut » ? Pour Bruno Palier, une autre stratégie économique, sociale et écologique est nécessaire. Il faut entreprendre une reconversion économique vers la qualité et l’innovation. Il faut abandonner la stratégie du low cost qui conduit aux délocalisations, investir dans le social, l’éducation, le transport, oublier le quantitatif et miser sur le qualitatif.
Modération
Jean-Claude Houdoin, président du Mouvement européen Paris-Sud
Questions
Vous avez parlé d’une relance de la Stratégie de Lisbonne. Comment promouvoir l’économie de la qualité ?
Il est possible de débloquer la situation en acceptant de changer et de converger vers l’économie de la qualité et miser sur la recherche. La France doit trouver des « niches » dans lesquelles s’introduire pour changer son image et gagner. Il faut moderniser le système éducatif, donner les mêmes chances à tous. L’économie de la qualité concerne tous les secteurs : emploi, produits, vie, services… Il faut renverser les perspectives économiques, définir un objectif compréhensible par tous et viser une économie de la sobriété.
Compte tenu de la grande disparité des économies européennes, est-il possible à chaque pays de viser une économie de la qualité ? Qu’elles sont les solutions pour résoudre cette disparité ?
Le plus important est de miser sur le capital humain et l’emploi : formation… ; garantir un environnement professionnel favorable : logement, déplacements… Le chômage touche en premier lieu les milieux défavorisés, les personnes les moins bien formées. Or c’est dans le plus jeune âge que la différenciation se produit, il faut donc renforcer la mixité sociale et créer des crèches accessibles à tous.
Une politique de court terme est-elle possible ?
Il faut politiser l’Europe et rendre perceptibles au citoyen les clivages politiques. Ce n’est pas être anti-européen que d’affirmer que les partis politiques sont trop consensuels et qu’ils devraient s’opposer plutôt que s’entendre sur un compromis pour la présidence du Parlement européen
Comment voit-on l’Europe et les questions sociales qui la traversent depuis les États-Unis ?
Les américains vivent une pression très grande et la société apporte une aide d’autant plus importante qu’elle n’accepte pas l’aide de l’état. Le débat américain est très « clivé ». Les politiques menées par les états sont différentes : innovation, intervention, aide… Les américains pensent que l’Europe intervient trop et devrait laisser les choses se faire d’elles-mêmes.
En Allemagne, après les réponses apportées par le gouvernement Schroeder, comment faire pour que les propositions du gouvernement soient acceptées ?
L’opposition à la politique actuelle de l’Allemagne ne se rencontre que dans les partis extrémistes. Les Allemands sont fiers des résultats qu’Angela Merkel obtient en Europe, même si la pauvreté augmente dans le pays. Si en échange de la modération salariale, l’emploi dans les grandes entreprises a été préservé, dans la sous-traitance et les services le nombre de travailleurs pauvres a explosé.
Il semble qu’un début de gouvernement européen se mette en place. Comment pourra-t-il se préoccuper des questions sociales ?
L’Europe existe aujourd’hui et, de fait, un gouvernement européen est en place, doté d’un véritable pouvoir qui impose aux états les plus fragiles des politiques sévères de redressement financier. Privilégier le désendettement public à marche forcée est un remède qui peut tuer le malade avant de le guérir. Un compromis entre lutte contre les déficits sociaux et relance de la croissance économique n’est-il pas plus efficace ? Un débat démocratique doit être lancé de telle façon que les peuples se mettent d’accord sur ce qu’ils souhaitent.
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